Îles Canaries

La Gomera : l’île sauvage et méconnue des Canaries

Photo : Liisbet Luup / Pexels

À l’ouest de Tenerife, de l’autre côté d’un bras de mer qu’un ferry rapide traverse en un peu moins d’une heure, La Gomera ressemble à ce que les Canaries devaient être avant l’essor du tourisme de masse. Deuxième plus petite île de l’archipel après El Hierro, elle ne compte ni aéroport international, ni grands complexes hôteliers sur le littoral, ni files d’attente devant les points de vue. Ce qu’elle offre à la place : une forêt primaire classée au patrimoine mondial de l’Unesco, des sentiers de randonnée qui plongent dans la brume, des villages qui n’ont pas beaucoup changé depuis un demi-siècle et un rythme de vie qui tranche avec le sud de Tenerife. Ce guide fait le point sur ce qu’il faut savoir avant d’y aller.

L’essentiel

  • Accès : pas d’aéroport international, on rejoint La Gomera par ferry depuis Los Cristianos (sud de Tenerife) en un peu moins d’une heure, ou par un petit avion Binter Canarias depuis Tenerife Nord ou Gran Canaria.
  • Le site incontournable : le parc national de Garajonay, forêt de laurisylve classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1986, traversée par un réseau de sentiers balisés.
  • Durée conseillée : 3 à 5 jours pour un premier aperçu, une semaine pour vraiment prendre le temps de randonner et d’explorer le nord et le sud de l’île.
  • Ambiance : une île rurale et sauvage, nettement moins fréquentée que Tenerife ou Gran Canaria, où la voiture de location reste le meilleur moyen de se déplacer.

Pour prolonger l’exploration des îles moins fréquentées de l’archipel, El Hierro, plus au sud, offre une expérience tout aussi confidentielle.

La Gomera, une île qui vaut vraiment le détour

Avec environ 370 km² et un peu plus de 20 000 habitants, La Gomera fait partie des plus petites îles de l’archipel canarien, loin devant elle en superficie et en population par Tenerife ou Gran Canaria. Elle n’a pourtant rien d’une île mineure : son relief est parmi les plus escarpés des Canaries, creusé de ravins profonds qui rayonnent depuis le centre montagneux vers la côte. C’est cette topographie qui a longtemps isolé les hameaux les uns des autres, au point que les habitants ont développé le silbo gomero, un langage sifflé qui permet de communiquer d’un versant à l’autre sur plusieurs kilomètres. Reconnu par l’Unesco comme patrimoine culturel immatériel, il est aujourd’hui enseigné dans les écoles de l’île et fait partie des curiosités que les visiteurs découvrent lors d’une démonstration.

La Gomera n’a jamais suivi la trajectoire touristique des quatre grandes îles. Notre guide des îles Canaries détaille Tenerife, Gran Canaria, Lanzarote et Fuerteventura, mais volontairement pas La Gomera, qui joue une autre partition : peu de plages de sable fin, presque pas de complexes hôteliers en bord de mer, et une identité qui reste résolument rurale. C’est justement ce qui attire une partie des voyageurs qui ont déjà fait le tour des îles les plus connues et cherchent un rythme plus lent, entre randonnée, agriculture en terrasses et petits ports de pêche.

Comment rejoindre La Gomera depuis Tenerife

L’île ne possède pas de liaison aérienne directe depuis la France ni depuis le reste de l’Europe. La quasi-totalité des voyageurs passent donc par Tenerife, que ce soit via l’aéroport Tenerife Sud (le plus desservi depuis la France) ou Tenerife Nord. Depuis Los Cristianos, dans le sud de Tenerife, des ferries rapides rallient San Sebastián de la Gomera, le chef-lieu de l’île, en un peu moins d’une heure. Deux compagnies se partagent la ligne, avec plusieurs rotations quotidiennes dans les deux sens, ce qui permet une bonne souplesse d’horaires pour organiser son arrivée et son départ.

Une alternative existe pour les voyageurs pressés : l’aéroport de La Gomera (code GMZ), situé sur les hauteurs près de Playa de Santiago, reçoit de petits avions de la compagnie régionale Binter Canarias depuis Tenerife Nord et Gran Canaria. Les vols sont courts mais peu nombreux, et le ferry reste en pratique la solution la plus utilisée, notamment parce qu’elle permet d’embarquer une voiture de location. Si vous hésitez encore sur la formule de séjour la plus adaptée, notre page séjours en Espagne présente les différentes façons d’organiser un voyage aux Canaries, île par île ou en combinant plusieurs étapes.

Combien de temps prévoir sur place

La Gomera se prête mal à une excursion à la journée depuis Tenerife, même si elle est techniquement possible en aller-retour rapide par ferry. L’île mérite mieux : comptez au minimum 3 à 5 jours pour découvrir le parc de Garajonay, faire étape dans un ou deux villages et profiter d’au moins une randonnée digne de ce nom. Une semaine complète permet d’alterner les sentiers du centre montagneux, les villages du nord plus verdoyants et le sud plus sec, sans se presser.

Beaucoup de voyageurs choisissent de coupler La Gomera avec un séjour plus classique à Tenerife, en insérant trois ou quatre jours sur la petite île au milieu d’un circuit plus large. Notre page circuits en Espagne présente des itinéraires qui permettent d’enchaîner plusieurs destinations sans repartir à chaque fois de zéro, ce qui correspond bien à ce type de combinaison entre une grande île et une petite.

Quand partir : la meilleure période pour visiter La Gomera

Comme le reste de l’archipel, La Gomera bénéficie d’un climat doux toute l’année, avec des températures qui varient assez peu d’un mois à l’autre sur la côte. La particularité de l’île vient des alizés : ces vents chargés d’humidité viennent buter sur le relief nord et y déposent un brouillard quasi permanent, ce qui explique la présence et la survie de la forêt de laurisylve. Concrètement, le nord de l’île est plus vert et plus humide, le sud plus sec et plus ensoleillé, souvent à quelques kilomètres seulement l’un de l’autre.

Pour la randonnée, le printemps et l’automne offrent un bon compromis entre température agréable et moindre affluence. L’été reste praticable mais les journées les plus chaudes rendent certains sentiers exposés plus pénibles en milieu de journée. L’hiver, période la plus demandée sur les grandes îles pour fuir le froid européen, profite aussi à La Gomera, mais dans des proportions bien moindres : l’île reste, quelle que soit la saison, nettement moins fréquentée que Tenerife ou Gran Canaria.

La forêt de Garajonay, joyau classé Unesco

Le parc national de Garajonay occupe une bonne partie du centre de l’île et protège l’une des dernières grandes étendues de laurisylve, une forêt de type subtropical humide qui couvrait autrefois une large part du bassin méditerranéen avant les glaciations. Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1986, le parc culmine à l’Alto de Garajonay, point le plus élevé de l’île à un peu plus de 1 400 mètres. La brume qui s’accroche en permanence aux arbres couverts de mousses et de lichens donne au lieu une atmosphère particulière, très différente des paysages volcaniques que l’on associe d’ordinaire aux Canaries.

Collines couvertes de nuages dans le parc national de Garajonay, La Gomera
Photo : Liisbet Luup / Pexels

Un réseau de sentiers balisés parcourt le parc, avec des boucles de quelques kilomètres accessibles à la plupart des marcheurs et d’autres itinéraires plus longs qui traversent l’île d’un versant à l’autre. Prévoir de bonnes chaussures et une couche imperméable même par beau temps sur la côte : l’humidité et la brume peuvent s’installer sans prévenir dès qu’on prend de l’altitude.

Randonnée, villages et plages à ne pas manquer

San Sebastián de la Gomera, le chef-lieu où accostent les ferries, garde une place particulière dans l’histoire des grandes traversées : c’est ici que Christophe Colomb a fait une dernière escale en 1492 pour s’approvisionner en eau avant de traverser l’Atlantique. Le puits qu’il aurait utilisé, connu sous le nom de Pozo de la Aguada, se visite encore aujourd’hui dans le centre-ville.

Plus au nord, le village d’Agulo, perché sur la côte avec vue sur le Teide de Tenerife par temps clair, compte parmi les plus jolis de l’île avec ses maisons blanches serrées autour de l’église. À l’ouest, Valle Gran Rey concentre l’essentiel de l’offre touristique de La Gomera : plages de sable noir, palmeraies en terrasses et une ambiance décontractée héritée des voyageurs qui s’y sont installés dès les années 1960 et 1970. Du côté de Vallehermoso, les Los Órganos, une formation de colonnes basaltiques qui rappellent des tuyaux d’orgue, se découvrent surtout depuis la mer, lors d’une excursion en bateau.

Sentier de randonnée dans la forêt de laurisylve près d'Arure, La Gomera
Photo : Liisbet Luup / Pexels

Entre ces points d’intérêt, ce sont surtout les sentiers qui font la réputation de l’île auprès des randonneurs : chemins muletiers pavés entre les villages, traversées de ravins et montées vers les crêtes offrent des vues qui changent radicalement en quelques centaines de mètres de dénivelé. C’est cette diversité de paysages sur un territoire aussi restreint qui explique pourquoi tant de voyageurs repartent de La Gomera avec l’intention d’y revenir. Pour préparer la suite de votre voyage en Espagne, la page d’accueil du site regroupe l’ensemble de nos guides régionaux, îles Canaries comprises.

Combien de temps dure la traversée en ferry entre Tenerife et La Gomera ?

La traversée entre Los Cristianos, dans le sud de Tenerife, et San Sebastián de la Gomera dure un peu moins d’une heure en ferry rapide. Plusieurs rotations sont assurées chaque jour dans les deux sens, ce qui laisse une bonne marge pour organiser son arrivée et son retour.

Quelle est l’île des Canaries la plus intéressante à visiter ?

Cela dépend surtout de ce que l’on recherche. Tenerife et Gran Canaria offrent le plus de diversité et d’infrastructures, Lanzarote se distingue par ses paysages volcaniques, Fuerteventura par ses plages et son vent. La Gomera, elle, séduit avant tout les amateurs de randonnée et de nature préservée, loin des grands complexes touristiques.

Quelle est l’île la plus chic des Canaries ?

Il n’existe pas de classement officiel sur ce point, et la réponse reste largement subjective. Les zones les plus haut de gamme se trouvent généralement du côté de Tenerife (Costa Adeje) ou de certains complexes de Fuerteventura. La Gomera, à l’inverse, mise sur un tourisme rural et nature, avec très peu d’hébergements de luxe.

Pourquoi éviter les îles Canaries en 2026 ?

Il ne s’agit pas d’éviter l’archipel, mais de voyager avec discernement : plusieurs îles, en particulier Tenerife, ont connu ces dernières années des mobilisations locales contre la surfréquentation touristique. La Gomera, beaucoup moins visitée, n’est pas concernée par ces tensions et reste une destination où privilégier les prestataires locaux fait une vraie différence.

Faut-il louer une voiture à La Gomera ?

C’est vivement recommandé. Les bus existent mais desservent surtout San Sebastián de la Gomera et les axes principaux, avec des fréquences limitées. Pour rejoindre les sentiers de randonnée, les villages isolés du nord ou les points de vue du parc de Garajonay, une voiture de location reste de loin la solution la plus pratique.

Inès Castellano

Inès Castellano écrit sur l'Andalousie et les Canaries, deux régions qu'elle visite régulièrement pour ce guide.